Processus

Mon travail se situe à la croisée de plusieurs chemins. Il traite des relations entre les êtres vivants, les lieux, les mondes invisibles et multiples, de l’impermanence (apparition, passage et transformation ou disparition des choses).

Je m’intéresse aux différentes représentations du monde (cosmologie/cosmogonie) et je m’aventure par ce biais, sur les terrains des cultures autochtones, de l’animisme et des mythes. Les personnages et les différents éléments qui composent mes dessins, mes peintures, ne se réfèrent pas à une histoire en particulier, mais nous invitent à imaginer l’ébauche d’autres récits dont les racines sont imbibées des restes de fêtes païennes, de fêtes votives, de carnavals, ainsi que du folklore de notre monde contemporain. Je m’intéresse aux personnages intercesseurs ou à ceux qui incarnent les deux faces d’une même réalité, une sorte de complémentarité schizophrénique : le bienfaisant et le malfaisant, celui d’ici et celui d’ailleurs… L’être hybride incarne le lien complexe d’amour et de haine qu’entretient l’humain avec son environnement. La présence récurrente de la figure du chaman dans mes travaux, lui assigne une position tutélaire : il relie les éléments, humains et non humains, rassemble mes pratiques (peinture, dessin, gravure, broderie) et mes centres d’intérêt en révélant la part de mystère et d’arbitraire qui réside en chacun de mes choix.

Ma façon de travailler repose sur le principe du lâcher-prise : associer des idées qui n’ont pas forcément de rapports immédiats. La création vient de la confrontation de ces idées disparates et de l’espace d’exploration qu’elles ouvrent. J’utilise des techniques et des supports de natures diverses et je passe d’un format à un autre, pour répondre au besoin de créer des conditions de renouvellement. J’aime expérimenter les modes d’actions. Je m’interroge sur ces notions d’écart et d’entre, ces espaces à part, situés entre un élément et un autre, en m’appuyant sur les réflexions du philosophe François Jullien notamment et de l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan pour qui le vide est fertile. J’observe les échos et les répercussions qu’un travail produit sur un autre travail. Comme le levain pour le pain, une sorte de ferment passe d’une œuvre à l’autre. Cette matière féconde fait évoluer le processus au fur et à mesure, elle le transforme.

À mesure que : une approche poïétique sous forme de diagrammes

Le projet À mesure que, rassemble une série de diagrammes dans lesquels je propose de donner à voir le temps et l’espace invisible que je consacre à mon travail au fur et à mesure des années (analyse de mon processus de création, circuit économique de mon activité, analyse de l’espace de travail etc.)

En partant de ma propre expérience et de sa visualisation, je tente de généraliser des données communes à l’ensemble des artistes-auteurs. Pour cela, je m’appuie sur les questions qui émergent de mes différentes implications dans les collectifs d’artistes. Je structure cette recherche, très épisodiquement, depuis 2014, c’est le début d’un chantier qui peut devenir vaste.

Le diagramme comme complément de ma recherche, est un intermédiaire entre mon modèle de pensée et celui du public. C’est un outil d’informations. La cartographie est un moyen pour moi de relier les outils du dessin, de l’écriture manuscrite ; la poésie et la donnée. Cet ensemble de cartes est plastiquement et esthétiquement à part de mon travail pictural mais il en est le vade-mecum.

J’ai toujours éprouvé
une fascination pour l’aiguille
et son pouvoir magique
Louise Bourgeois