Démarche

J’ai toujours éprouvé
une fascination pour l’aiguille
et son pouvoir magique
Louise Bourgeois

Questionner la condition humaine et la place du vivant est une préoccupation quotidienne. Cela m’amène à écouter, lire l’actualité et toutes sortes de documents de manière régulière.

L’absorption de ces informations a pour effet au fil des années d’aiguiser mes sens, de les rendre de plus en plus pointus. Je m’intéresse aux rythmes, aux détails, aux vides, aux silences, aux interstices, à l’inconnu : à tout ce qui n’est pas donné d’emblée à voir ou à entendre.

Ma position est mobile et j’aborde les sujets de manière équivoque. En utilisant la peinture, le dessin, la gravure et la broderie, j’interprète ces données, je les exploite et m’autorise à explorer toues les pistes sur lesquelles je me retrouve parfois même simultanément.

Je miniaturise les objets, les éléments, les corps et je les multiplie, les assemble, les remplace, les déplace. Les contrastes d’échelles sont importants. L’abstraction et la figuration se confrontent, la matière garde en mémoire toutes les traces de mes explorations. Je ne travaille pas sur des séries mais plutôt sur des familles. Comme dans une famille, chaque élément qui la compose, ressemble à un autre et se distingue absolument. Je tiens compte des oppositions, des contradictions, des imprévus. Mes travaux en ce sens peuvent dérouter. Les éléments s’assemblent d’une manière ou d’une autre pour laisser plusieurs portes d’entrée.

Ainsi s’organise ma recherche, par association d’idées, réduction des éléments, multiplications, déplacement, effacement, découpage, démolition, reconstruction. Les titres que je donne ensuite sont souvent en décalage avec ce que l’on voit. Ils marquent le contexte de création dans lequel je suis.

Je peux dire des douceurs autant que des monstruosités, m’intéresser aux liens, aux frontières entre les êtres vivants et leur environnement et suggérer la porosité de ces relations. Je m’intéresse aussi à notre héritage généalogique, social et culturel, aux grands passages de l’existence, à ce qui crée notre identité au sein d’une famille, d’un groupe, d’une société, au cœur d’un environnement. Ce qui constitue et crée la cohésion (rituels, mythes) ou au contraire, la brise, l’entrave ou la contrarie (mouvement des peuples, exils, émigrations …).

L’intime et l’indicible sont présents et je veille à garder des zones de tensions et de repos pour laisser au spectateur un espace de projection. Pour atteindre ces paradoxes, le jeu entre l’abstraction et la figuration s’impose. Au milieu des fauves et des créatures hybrides, entre amours et déchirements, les métaphores de nos désirs et de nos peurs se dissimulent ou s’offrent dans les espaces peints ou brodés. Ils sont parfois gravés de lignes, de signes et de petites architectures. Il peut s’agir de la représentation de nos paysages intérieurs, comme une réminiscence d’un lieu originel, primordial et cosmique.