J’ai toujours éprouvé une fascination pour l’aiguille et son pouvoir magique — Louise Bourgeois

Démarche

Questionner la condition humaine et la place du vivant : à qui / quoi peut-on croire, à qui / quoi peut-on se fier ? Quelle est la part de réel dans notre vision du monde ? Comment notre regard est-il orienté et finalement contraint ? Telle est ma préoccupation d’artiste.

En utilisant la peinture, le dessin, la gravure et la broderie, j’aborde les sujets de manière équivoque, ma position est mobile. Je construis une œuvre dynamique, comme des pièces que l’on peut assembler d’une façon ou d’une autre pour construire des édifices aux entrées multiples. Les titres que je donne à ces pièces sont une des clés possibles d’accès à cette organisation.

Je peux dire des douceurs autant que des monstruosités, m’intéresser aux liens, aux frontières entre les êtres vivants et leur environnement et suggérer la porosité de ces relations. Je m’imprègne de documents visuels (images, photos, vidéos) et de l’observation d’un réel. L’infusion de ces données me permet ensuite de livrer une version personnelle, singulière et poétique du monde qui m’entoure.

Je m’intéresse aussi à notre héritage généalogique, social et culturel, aux grands passages de l’existence, à ce qui crée notre identité au sein d’une famille, d’un groupe, d’une société, au cœur d’un environnement. Ce qui constitue et crée la cohésion (rituels, mythes, contes…) ou au contraire, la brise, l’entrave ou la contrarie (mouvement des peuples, exils, émigrations…).

L’intime et l’indicible sont présents et je veille à garder des zones de tensions et de repos pour laisser au spectateur un espace de projection. Pour atteindre ces paradoxes, le jeu entre l’abstraction et la figuration s’impose. Au milieu des fauves et des créatures hybrides, entre amours et déchirements, les métaphores de nos désirs et de nos peurs se dissimulent ou s’offrent dans les espaces peints ou brodés. Ils sont parfois gravés de lignes, de signes et de petites architectures. Il peut s’agir de la représentation de nos paysages intérieurs, comme une réminiscence d’un lieu originel, primordial et cosmique.

Dans mes séries récentes, je m’interroge en arrière-plan sur ce que nous acceptons ou refusons d’absorber pour exister, pour devenir.

Quelles nourritures faisons-nous entrer dans notre corps et notre esprit, par toutes les portes et orifices. De quoi se nourrit-on pour se transformer, s’élever, partager et transmettre ?